Cassandre Ferey, Ostéopathe à Rennes


A l’aube des Jeux Olympiques de Paris 2024, qui s’annoncent historiques sur plusieurs plans, faisons ensemble un bilan sur les femmes et le sport. Les Jeux de Paris seront les premiers à recevoir autant d’athlètes féminins que masculins. Paris était déjà la première olympiade à accueillir les femmes en 1900. A l’époque, elles étaient 22 pour 975 athlètes. Les sports autorisés aux femmes étaient le tennis, la voile, le croquet, l’équitation et le patinage artistique. Une inclusion plus franche des femmes aux JO ne se fera qu’à partir de 1928 après le combat de la Nantaise Alice Milliat.

Dans une étude sur les rapprochements et différences du sport masculin et féminin, publiée par l’INSEE en 2015, 45% des femmes déclarent faire une activité physique régulière, c’est presque autant que les hommes sur la même année (50%). La différence est plus marquée chez les plus jeunes. Entre 16 et 24 ans, seulement 50% des femmes ont pratiqué une activité physique dans l’année contre 63% des hommes. Les différences se retrouvent aussi dans le choix du sport. La course à pied est plébiscitée par les deux sexes, mais les sports collectifs et de raquettes restent encore très masculins. En 2018 et en 2020, ce sont 63% des femmes qui disent pratiquer au moins une activité physique dans l’année.


L’importance de l’équipement : exemple du soutien-gorge.

Le soutien-gorge, créé en 1889, n’est adapté pour le sport qu’en 1977 par Lisa Lindhal, Hinda Miller et Polly Smith pour leur société Jogbra. Il va permettre, en plus de protéger la peau qui maintient vos seins, d’éviter les douleurs et de gagner en confort. Une nouvelle liberté est née, celle de faire du sport en étant confortable et performante

Publicité Jogbra, le premier soutien-gorge de sport.

Revenons à quelques données morphologiques. Une poitrine, chez une femme française, pèse en moyenne entre 200 et 400 grammes par sein pour une taille inférieure au D et jusqu’à 750 g et plus au-delà. Le maintien de la poitrine se fait, par le corps, au niveau des dorsales (entre les omoplates). Le poids de la poitrine se répercute directement dans cette zone et est accentué par le mouvement haut/bas que provoque la course à pied par exemple. Un mauvais maintien peut entraîner des douleurs aux cervicales, aux trapèzes, aux dorsales et même aux lombaires. 

Porter un soutien-gorge de sport est donc très important mais comment le choisir ?

Plusieurs marques proposent des guides de taille. Je vous propose de détailler les tailles des soutiens-gorge et brassières de sport du commerçant français le plus connu : Décathlon.

En premier lieu, il faut connaître sa taille de soutien-gorge “classique”. Il vous faudra mesurer le tour de buste (ligne juste sous la poitrine) et le tour de poitrine (passant par les mamelons) avec un mètre de couturier. Dans les tableaux suivants, la première taille est 80-86. Notre cobaye en exemple aura donc un tour de buste de 80cm et un tour de poitrine de 86cm, elle fera du 70A.

Guide de taille brassière de sport
Suite du guide de taille brassière de sport

Dans la gamme de Décathlon, vous avez le choix entre deux types de soutien-gorge de sport.

– La brassière classique : pour les tailles jusqu’au bonnet C, s’enfile par la tête, sans réglage et avec un dos nageur.

Guide de taille brassière classique de sport

– La brassière hybride : pour des bonnets de A à F, bretelles réglables, maintien englobant plutôt que compressif.

Guide de taille brassière hybride de sport

Tous les équipementiers de sport ont désormais une gamme de soutien-gorge de sport. N’hésitez pas à essayer plusieurs modèles, plusieurs tailles et à les tester en cabine en courant sur place. Vous en trouverez forcément un adapté à votre morphologie.


Le sport pendant les règles.

Les femmes sont soumises à des variations hormonales beaucoup plus importantes que les hommes. La croyance populaire nous amène à penser que les règles ont un effet négatif sur les performances sportives. Et si ce n’était pas le cas ? De récentes études nous poussent à repenser la situation et à changer nos à priori.

Le cycle féminin s’organise en deux grandes phases : la phase folliculaire et la phase lutéale. Pour faire simple, la phase folliculaire correspond à la croissance du taux d’œstrogène pour se terminer par le pic d’œstrogène juste avant l’ovulation (courbe bleue). On retrouvera les 7 jours de règles au début de cette phase. La phase lutéale suit l’ovulation et correspond au pic du taux de progestérone. Un cycle complet commence au début des règles et s’achève au début des règles suivantes.

Cycle mentruel complet.

Aidées par la science, les sportives essaient de plus en plus de prendre en compte leur cycle dans leur performance afin de s’en servir et non plus de lutter contre. 

C’est ce que l’on découvre dans le reportage de France.tv “Plus vite, plus haut, plus fort” (de 32 à 40 minutes). La directrice de l’étude Empow’her, Juliana Antero, partage une partie de ses recherches sur le sport au féminin. Pour elle, la phase folliculaire représente un “boost hormonal” naturel grâce à la production d’œstrogène alors que la production de progestérone est associée à un état de fatigue.

Graphique du documentaire Plus haut, plus vite, plus fort. Cycle hormonal.

Les données récoltées auprès de la cycliste pris en exemple, Valentine Fortin, confirment qu’elle est plus puissante sur son vélo lors de sa période de règle par rapport aux autres moment de son cycle. Cette cycliste, comme beaucoup d’autres sportives, enchaînait les plaquettes de pilule afin de ne pas avoir de règle, cette analyse montre qu’il serait préférable, pour ses performances, de laisser un cycle complet se faire. Le but n’est pas de modifier le cycle des athlètes mais de mieux les connaître pour adapter, au mieux, leur entraînement.

Une étude publié récemment dans Neuropsychologia montre également des résultats très intéressants, même s’il faudra attendre d’autres études pour généraliser les conclusions. Le premier élément est que les femmes auraient une acuité cognitive plus importante lors de la phase menstruelle que lors de la phase lutéale. Alors que, c’est le second élément intéressant de cette étude, les femmes sont persuadées du contraire ! Le ressenti des athlètes a été pris en compte lors de cette étude, en plus des données cognitives testées lors d’exercices spécifiques. Elles témoignent d’une moins bonne humeur et de divers symptômes qui affectent leurs performances durant leurs menstruations. Les résultats de l’étude montrent pourtant l’inverse. La différence entre les mesures scientifiques et le ressenti des athlètes est intriguant et amène à se poser les questions sur la façon dont les femmes se perçoivent durant cette phase de leur cycle.

D’un point de vue biologique, faire du sport pendant ses règles ne pose pas de problème. Au contraire, cela peut être bénéfique pour vos performances. Il n’en reste pas moins que le moral n’y est pas toujours. Alors écoutez vous, écoutez votre corps mais ne vous freinez pas pour des idées reçues. 

Une autre période de la vie des femmes est sujette aux idées reçues, c’est la grossesse. Alors le sport est-il bénéfique durant la grossesse ?


Le sport pendant la grossesse : bonne ou mauvaise idée ?

Arrêtons le suspense dès le début, oui le sport est recommandé durant la grossesse !

La pratique du sport au cours de votre grossesse aura de nombreux effets positifs. Vous pourrez observer des bénéfices pour votre corps, votre moral, votre accouchement à venir, et même pour votre bébé

L’activité physique va permettre de contrôler la prise de poids, diminuer les douleurs du rachis, améliorer la circulation veineuse, protéger votre périnée, prévenir des fuites urinaires, diminuer l’anxiété et le stress. Votre enfant bénéficiera de vos efforts, car ses capacités d’orientation seront meilleures à la naissance, il pourra réguler ses émotions plus facilement et, bonus, à 12 mois, “les scores psychomoteurs, d’apprentissage et d’acquisition de vocabulaire seraient supérieurs”. Lors de l’accouchement, il y a une diminution du risque de prématurité et de macrosomie (poids de naissance >4 kg), la durée de travail sera plus courte et vous bénéficierez d’une meilleure récupération après l’accouchement.

Activité physique et grossesse

Si l’on suit les recommandations éditées par un collège de spécialistes, les sports que vous pouvez pratiquer durant la grossesse vont dépendre d’une chose : faisiez-vous du sport avant votre grossesse

  • Non : les recommandations portent sur des sports doux, sans impact au sol et ne faisant pas grimper le cardio trop haut. Exemple : la natation, la marche, du yoga, du pilate, … 
  • Oui : vous pouvez continuer votre ou vos activités habituelles durant le premier trimestre (sauf avis contraire de votre médecin). Au 2ème trimestre, il faudra éviter la compétition, les efforts intenses et les risques de chutes et de chocs. Au 8ème mois, privilégiez des activités portées et douces. 

Globalement, la recherche de performance est à éviter. Pensez à bien vous hydrater. Pratiquer une activité pour votre bien-être physique et mental, donc surtout pour vous faire plaisir ! 

Vous retrouverez dans le guide “activité physique et sportive et maternité”, des conseils d’exercices de renforcement musculaire durant la grossesse. 

Témoignage de Manon Genet sur son compte Instagram

Après l’accouchement, vous allez pouvoir reprendre le sport, mais sans jamais négliger la rééducation périnéale. 

  • Pour un accouchement par voie basse, la reprise du sport se fait, en général, après 6 semaines. Vous pouvez préparer la reprise en faisant de la marche rapide dès la 4ème semaine de post-partum. 
  • Après un accouchement par césarienne, la date de reprise dépend de votre récupération après la chirurgie. Ce sera donc à voir avec votre médecin. 
Yoga

Là encore, vous trouverez des exercices de renforcement musculaire dans la guide, cité juste au-dessus.